Le nouveau saccage de l’éducation prioritaire !

mardi 27 octobre 2020

Il y a quelques jours l’INSEE présentait un rapport sur les inégalités en France, dans lequel on observe une forte accélération de la paupérisation des classes populaires et l’accroissement manifeste des inégalités. La pauvreté touchant désormais d’après les statistiques officielles 14,8% de la population, son niveau le plus haut depuis 1996.
C’est dans ce contexte que M. Blanquer a décidé de mettre en marche le démantèlement des dispositifs liés à l’Éducation Prioritaire. Réformée en 2014, l’Éducation Prioritaire concerne aujourd’hui 1,7 millions d’élèves et près de 200 000 enseignants. 365 collèges et 2466 écoles sont labellisés REP+ et 732 collèges et 4237 écoles sont classés REP.
Le coût total de la politique d’Éducation Prioritaire a été évalué par la Cour des Comptes à 1,4 milliard, dont 1,1 milliard en encadrement et 200 millions en primes. Oui, cette même Cour des Comptes qui, dès 2018, préconisait déjà la suppression des REP…

LE DÉBUT DU SACCAGE

Tout cela commence le 5 novembre 2019 avec la remise du rapport Mathiot/Azema commandé par le gouvernement et dont l’objectif est de réfléchir à l’avenir de l’Éducation Prioritaire. Les conclusions du rapport donnent alors un avant-goût du dynamitage programmé des dispositifs REP (« Réseaux d’Éducation Prioritaire ») avec des préconisations radicales : les REP ainsi que leur prime doivent disparaître, et l’on donnerait aux recteurs la possibilité d’utiliser ces moyens qu’ils affecteraient à leur bon vouloir entre établissements défavorisés, ruraux ou isolés.
Le document évoque le maintien des REP+ jusqu’à au moins 2022 et le maintien des primes REP+, mais dont le tiers final serait versé après « élaboration d’un projet de formation scolaire et la participation aux modules de formation induits hors temps scolaire » : travailler davantage pour bénéficier de primes, n’a-t-on pas là un vieux fantasme de Blanquer sur la durée du temps de travail des enseignant.e.s et une modification rétrograde de leur statut ?
A la place des REP le rapport préconise « une politique de priorisation académique ». Cette politique concernerait les écoles et les établissements rencontrant des « difficultés particulières d’exercice » (comme celles propres à certains réseaux REP actuels mais également les écoles et les collèges ruraux), les réseaux en situation transitoire (exemple des réseaux concernés par une politique de mixité au collège) et les écoles et les établissements en situation d’éloignement.
Les recteur.rice.s étant nommé.e.s par le pouvoir exécutif et ayant pour mission de distribuer les crédits, il ne serait pas étonnant de les voir allouer les moyens en se basant davantage sur la politique éducative dictée par le pouvoir ou par les pressions locales, que sur des besoins réels.

ET LE PRIVÉ DANS TOUT ÇA ?

« C’est dans ce cadre que pourraient être explorées les formes d’une négociation avec l’enseignement privé sous contrat d’association à des fins de renforcement de la mixité sociale et scolaire. » Si le rapport parle de « mixité sociale » c’est uniquement à propos de l’enseignement privé qui semble impatient de bénéficier d’une part des crédits de l’Éducation Prioritaire.

POUR FAIRE CLAIR…

En conclusion, le rapport préconisait un véritable détournement des fonds des REP vers de nouvelles zones et surtout de nouveaux publics. Les écoles et les établissements REP et REP+ sont aujourd’hui marqués par un fort pourcentage d’élèves issus de milieux modestes. On compte ainsi 56% d’enfants défavorisés en REP et 67% en REP+. Les travaux réalisés dans les zones rurales, y compris dans les zones de montagne, montrent que ces zones ne sont pas défavorisées ni sur le plan social (le rapport insiste d’ailleurs dessus), ni sur le plan scolaire. Le handicap de l’éloignement survient surtout après le bac avec des orientations moins favorables.
A la sortie de ce rapport, M. Blanquer s’était empressé de déclarer qu’ « aucune décision n’était prise », il ajoutait : « C’est un rapport. Je n’endosse pas les mesures proposées même si ce travail va nous inspirer. » Traduction : « Ce rapport correspond pleinement avec ce que nous souhaitons mettre en place, il sera notre feuille de route. »
En dynamitant ces dispositifs, Blanquer cherche à établir une nouvelle politique territoriale et à faire de l’Éducation Nationale un élément stratégique en vue de la prochaine élection présidentielle. Cette redistribution des moyens n’est pas sans arrières pensées électoralistes.

QUELLE ÉDUCATION PRIORITAIRE POUR DEMAIN ?

Alors que la période de confinement du printemps dernier a clairement mis en lumière les difficultés concrètes des familles les plus modestes face à la crise sanitaire et économique (difficultés pour se nourrir, pour s’équiper en matériel informatique, précarité du travail des parents en 1ère ligne…), Blanquer, après avoir larmoyé et feint de découvrir que la misère sociale existait en France, a décidé de poursuivre la casse de l’Éducation Prioritaire tous azimuts, casse qui a commencé avec la sortie des lycées en REP, et ce alors qu’une grande majorité de leurs élèves provenaient de collèges à l’origine en Éducation Prioritaire.
La nomination d’une secrétaire d’État en charge de l’Éducation Prioritaire le 3 juillet dernier, aura, à n’en pas douter, comme seul objectif le démantèlement une bonne fois pour toutes des dispositifs d’aide et d’accompagnement des établissements et des écoles placés en REP ou REP +.

FACE À CETTE OFFENSIVE, NOUS DEVONS NOUS ORGANISER ET RIPOSTER !

Aujourd’hui plus que jamais les enfants des quartiers populaires ont besoin d’une école qui lutte contre les inégalités et le déterminisme social, une école dotée massivement de moyens humains et matériels.
SUD ÉDUCATION appelle l’ensemble des personnels à organiser des heures d’information syndicale dans les écoles et les établissements afin d’informer les collègues et à mettre en place des actions conséquentes.
Nous devons dissuader Blanquer de toucher à l’Éducation Prioritaire en établissant dès à présent un rapport de force à la hauteur des enjeux !

SUD ÉDUCATION SE MET DÈS À PRÉSENT EN LUTTE POUR…

  • LE MAINTIEN DES DISPOSITIFS REP ET REP +,
  • L’ÉLARGISSEMENT DE CES DISPOSITIFS À TOUS LES QUARTIERS POPULAIRES,
  • LE MAINTIEN ET L’ÉLARGISSEMENT AUX AESH ET AUX AED DES PRIMES REP ET REP+,
  • LA RÉINTÉGRATION DES LYCÉES EN REP,
  • UNE AUGMENTATION DU BUDGET DE L’ÉDUCATION NATIONALE QUI RÉPONDE AUX BESOINS DE L’ENSEMBLE DU TERRITOIRE.

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