Réaffirmons la radicalité du syndicalisme de lutte !

jeudi 8 septembre 2022

Ce texte d’orientation adopté lors du congrès d’Annonay en juin 2021 vise à redéfinir et réaffirmer les bases de consensus sur lesquelles notre syndicat s’est construit et doit poursuivre son œuvre d’émancipation des travailleuses et travailleurs, autour de la défense de leurs intérêts partagés. Il se veut donc être un retour aux fondamentaux du syndicalisme pour mieux dégager les perspectives d’un avenir Solidaire, Unitaire et Démocratique face aux attaques de plus en plus violentes de l’État-patron.

Depuis, lors du congrès extraordinaire de Grenoble des 30 juin et 1er juillet 2022, SUD éducation académie de Grenoble est devenu SUD Lutte de Classes éducation !

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Un syndicat de lutte des classes

Historiquement, le syndicalisme s’est constitué dans le cadre de la lutte des classes face à l’émergence du capitalisme, comme l’outil par lequel les travailleuses et travailleurs se regroupent pour défendre des intérêts communs. C’est d’ailleurs l’étymologie même du terme « syndicat » qui désigne la fonction (« -at ») de défense des intérêts d’un groupe de personnes (« syndic- »). Face au capitalisme qui organise l’exploitation des travailleuses et travailleurs par le patronat qui détient l’outil de production, le syndicat est donc l’outil de défense collective des intérêts partagés par l’ensemble des exploités et exploitées.

En ce sens, la Charte d’Amiens (voir annexe) est le texte fondamental de définition de ce qu’est et doit être le syndicalisme, inscrivant l’action syndicale révolutionnaire dans le champ socio-économique de la « lutte de classes », au travers de la « double besogne, quotidienne et d’avenir » (« l’émancipation intégrale [...] ne peut [alors] se réaliser que par l’expropriation capitaliste »), et avec « comme moyen d’action la grève générale ». Par ailleurs elle « affirme l’entière liberté pour le syndiqué de participer, en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu’il professe au dehors ». Ainsi, l’action syndicale ne saurait être dévoyée de ce qui la fonde.

C’est pourquoi le congrès (ré-)affirme inscrire ses orientations et ses pratiques dans la continuité historique du syndicalisme autonome et révolutionnaire, dans le cadre de la lutte des classes et des principes affirmés par la Charte d’Amiens : Sud éducation est un syndicat de classe (celle des travailleuses et travailleurs prolétaires, n’ayant que leur force de travail pour subsister) et un syndicat de lutte (refusant la cogestion avec le patronat et son avatar étatique), soit un syndicat de lutte de classes. De fait, son action s’inscrit dans le champ socio-économique pour y défendre nos intérêts de classe, par delà nos différences.

Solidaires, Unitaires et Démocratiques

Tous ensemble, tous ensemble… Ce slogan repris dans les manifs de l’hiver 1995, a forcément une tonalité particulière dans l’union syndicale Solidaires et a fortiori dans Sud éducation, puisqu’il en est l’événement fondateur. Porté par des militantes et militants d’horizons divers, le syndicat s’est fondé sur la volonté d’organiser les travailleuses et travailleurs de l’Éducation, quels que soient leur catégorie ou leur statut, dans le champ de la lutte de classes, et sur les bases de l’auto-organisation contre les principes hiérarchiques. C’est aussi pour se dégager des bureaucraties syndicales et intégrer les idées et apports extérieurs qu’il s’est défini en tant que syndicat de transformation sociale, donc révolutionnaire par essence.

Et si cette mosaïque de cultures politico-syndicales hétéroclites explique en partie notre propension au débat, mais aussi des relations et des échanges passionnés, cela n’a de sens que dans la recherche de l’unité solidaire et démocratique. Cette lecture critique doit donc être un mouvement s’adossant à nos pratiques, nos discussions d’AG ou de formation syndicale dans Sud éducation, sans être assujettie à des objectifs extérieurs venant de groupes, partis, associations ou philosophies dont les objectifs ne sont pas ceux d’un syndicat. Cela ne signifie pas que le syndicat se ferme à l’extérieur. Les gilets jaunes en sont une illustration. Ils sont venus ébranler nos représentations de lutte. De fait, un dialogue a pu être instauré, des passerelles ont pu être érigées dans la proximité d’un discours de lutte de classe, d’auto-organisation et de "basisme". Adhérer à Sud éducation, c’est donc attendre du syndicat qu’il défende ses mandants, et l’ensemble du salariat contre l’État-patron et ses modes de management de plus en plus redoutables, avec l’explosion de la précarité comme corollaire.

C’est pourquoi le congrès (ré-)affirme inscrire ses orientations et ses pratiques dans les valeurs de solidarité, d’unité et de démocratie qui l’ont fondé : Solidaires de toutes les luttes menées contre l’exploitation et l’oppression, à commencer par la précarité, Unitaires par la conscience de classe et les combats qui en découlent, et Démocratiques par notre propension à dialectiser à partir de notre diversité, et à définir ensemble nos règles et nos objectifs, donc nos pratiques. Pour autant, ces valeurs s’inscrivent dans le cadre global de notre outil syndical, et ne peuvent donc s’opposer en divisant plutôt qu’en rassemblant, car "une attaque contre un ou une, c’est une attaque contre toutes et tous" !

Toutes et tous ensemble dans la lutte

Or, ces dernières années, le combat social est devenu de plus en plus dur à mener. Faute de parvenir à faire reculer pleinement les gouvernements successifs face à leurs attaques austéritaires, le mouvement socialo-syndical cherche un "second souffle". en parallèle, de nouvelles conceptions de la société et du combat émergent, en cherchant dans le champ culturel et sociétal les voies d’une émancipation de plus en plus dure à conquérir sur le terrain socio-économique. Mais si ces lectures de la société sont légitimes, elles interrogent quant à la place de plus en plus exclusive qu’elles cherchent à prendre à l’intérieur de notre syndicat, quitte à dynamiter l’unité solidaire et démocratique qui fonde ce salutaire outil de défense de nos intérêts partagés.

Évidemment, notre manière de considérer l’action syndicale doit être réactualisée au regard de l’évolution des rapports de classe dans la société, dont ni le syndicat, ni l’Éducation nationale ne sont exempts. L’intersectionnalité des oppressions subies par certaines "minorités" est une réalité socio-culturelle, mais à titre syndical, leur prise en compte n’a de sens que dans le cadre de la conscience de classe qui nous fédère, par delà nos différences, et des valeurs et principes qui guident notre action d’émancipation collective et de (re)conquête sociale. Car il ne saurait y avoir d’avancées syndicales pour telle ou telle partie de notre classe sociale sans les inscrire dans une volonté collective de transcender nos particularités, et ainsi jeter les bases de la transformation sociale révolutionnaire, seule à même de promouvoir une société de liberté, d’égalité et de justice sociale.

C’est pourquoi le congrès (ré-)affirme inscrire ses orientations et ses pratiques dans cette unité solidaire et démocratique nécessaire à l’émancipation individuelle et collective, et dans le sens du combat de classe qui nous unit "de ce côté-ci de la barricade". Notre organisation réaffirme ainsi son unité et sa mixité dans les moyens de mener, toutes et tous ensemble, notre lutte collective face à notre ennemi commun. Ainsi, nos pratiques et orientations ont pour premier objectif d’unir l’ensemble des travailleuses et travailleurs, au travers de cette conscience de classe, dans l’œuvre de défense et d’émancipation si bien définie il y a plus d’un siècle par la Charte Amiens : « le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupement de production et de répartition, base de réorganisation sociale ».

Annexe :

La Charte d’Amiens
(adoptée au 9ème congrès de la CGT en octobre 1906 par 830 voix pour, 8 contre et 1 abstention)

"Le Congrès confédéral d’Amiens confirme l’article 2 constitutif de la CGT. La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat. Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte de classe, qui oppose sur le terrain économique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression, tant matérielles que morales, mises en œuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière. Le Congrès précise par les points suivants, cette affirmation théorique.
Dans l’œuvre revendicative quotidienne, le syndicat poursuit la coordination des efforts ouvriers, l’accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d’améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l’augmentation des salaires, etc. Mais cette besogne n’est qu’un côté de l’œuvre du syndicalisme : il prépare l’émancipation intégrale qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ; il préconise comme moyen d’action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupement de production et de répartition, base de réorganisation sociale.
Le Congrès déclare que cette double besogne, quotidienne et d’avenir, découle de la situation de salariés qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait à tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions où leurs tendances politiques ou philosophiques, un devoir d’appartenir au groupement essentiel qu’est le syndicat. Comme conséquence, en ce qui concerne les individus, le Congrès affirme l’entière liberté pour le syndiqué de participer, en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu’il professe au dehors.
En ce qui concerne les organisations, le Congrès déclare qu’afin que le syndicalisme atteigne son maximum d’effet, l’action économique doit s’exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n’ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre, en toute liberté, la transformation sociale".

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